Promenade en automobile désinvolte par temps de pandémie

0
164

(…)

Quelques mois ont passé

C’est l’hiver

Tu reçois au courrier un mail

(Pourquoi ne pas dire Maille

Puisque c’est le vieux français)

T’invitant à lire tes poèmes dans quelques lieux du Pas

De Calais

(Arras & environs)

Tu dis oui

Oui d’accord

J’y serai

« Café littéraire »

Appellent-ils

Ce nouveau genre de raout

Moins café que bière

Dans la réalité

Versez-nous une Lambic

Une Ciney une Bière du Cocher

(Merci Kwak !)

Nous sommes venus vous écouter

Monsieur Darras

C’est méritoire à nous qui n’avons jamais lu

Nous sommes francs avec vous !

Une seule ligne de Poésie

Encore moins la Vôtreexcusez-nous/sorry

Ainsi vous écrivez des vers ?

Des vers

En dévers

À l’endroit à l’envers

Même des vers d’Anvers

Avant tout

Contre tout

Des vers en flamand français

Dans mes lectures m’est proposé

(Au programme revenons !)

D’aller lire aux prisons Valenciennes Douai St Omer

(Dans mon cas une première !

Que suis-je venu faire dans cette galère ?)

D’entre les trois

Je choisis St Omer

Par l’Aa canonisée aimant

Son carillon

Ses hortillons

Ses maraîchers

Son marché aux légumes frais

Ah ! la blancheur des choux-fleurs

Je me promets un jour

D’en fleurir l’un de mes poèmes

Au cœur !

Le jour est venu où l’on me conduit à Longuenesse

Et là : mais oui ! bien sûr !

C’est le blockhaus que j’avais vu l’été

Passé

Négligemment me

Demandant : ce château fort qu’est-ce 

Maison d’arrêt ?

N’en mène pas large le brave Darras !

L’octogénaire

Tous ses octo-

Syllabes

En poche

Dans sa sacoche

Religieusement bien ordonnés reliés

Petit Homère audomarois

Ayant perdu

Son air son « H »

Désaspiré

Désinspiré

Devant l’épreuve qui l’attend :

Lire des poèmes partant parler

De liberté

À des hommes depuis des mois

Des années quelquefois

Confinés ?

Ils en connaissent

À Longuenesse

Bien plus que toi

Sur le sujet !

Échappatoire la poésie croyez-vous ?

Quelle idée !

Dans ma cellule dussé-je avec

D’autres

La partager moi je jouerais aux

Dés aux cartes

(Plutôt que lire Descartes !)

Manille belote jacquet toute la journée

Passant

Les autres heures

Sur un cahier à dessiner

Mais pas

De mots écrits

SVP !

Pas de poèmes obligatoires ni

Optionnels à

Écouter

Ce serait déjà beau

Qu’à la gorge des visiteurs-poètes je ne

Sautasse

Pas lame de rasoir à la main

Affûtée

Les cisaillant pour voir

Leur sang gicler

Ci gicle

La poésie

Feu dans les veines

Laissez-moi être son

Meurtrier !

À Longuenesse

S’ils avaient su avaient lu

Dans mes pensées

Jamais

Ne m’eussent invité !

                                            *

Grilles claquantes trousseaux de clés

Porte après porte

On ouvre on ferme

Le jour s’éloigne à triple tour

Imaginez un livre au fond duquel vous

Rapetisseriez

Alice Alice es-tu là ?

C’est ton Lapin Blanc qui t’appelle

Ne te sens-tu pas

À l’étroit dans ton terrier ?

N’as-tu pas avec toi dans ta cellule un prisonnier

Nommé Lewis Carroll

Le connais-tu ?

Attention !

Il représente pour toi un vrai danger !

Qu’allais-je leur dire à Longuenesse

Qu’ils ne sussent pas ?

Je leur parlai

De sucre de friandises de gaufres etc.

(Je venais d’écrire un texte sur les liégeoises & bruxelloises)

De betteraves sucrières dans la Plaine

Picardie

Eux m’écoutant d’un air distrait leur promener

Devant les yeux

L’horizon

D’une promesse lointaine

Évanouie

L’espace n’est qu’un

Placebo

Du Temps

La prison c’est le corps le supplice

Qu’on l’y ramène

Comme quadrature du cercle

Je vous enferme

Plus d’expansion dans vos mouvements !

Vous respiriez

Par les narines les bronches les poumons comme gant

Je vous retourne

L’extérieur

À l’intérieur

Vos secrétions intestinales

Vos excrétions fécales

Dans la même pièce que le manger le vous laver les dents

Dehors dedans

Vous ne serez désormais plus qu’un tube

D’humanité

Pâte dentifrice concentrée ayant droit le matin de vous

Décapuchonner le soir

Vous revisser

Vous réviser

L’humanité comme révision que vous vous ferez de vous-même

Jour après jour

Toujours la même

La poésie

Chers amis de Longuenesse

Est la répétition

Autrement

Cellule étroite confinée

Le poème

Cherche à varier les rythmes les pas

Casser

Ici et là la régularité

Je ne prétends pas vous donner

Un modèle

Une clé

Qui permettrait d’ouvrir votre rétrécissement

Imposé mais à y

Bien réfléchir le poème est le plus près d’une prison

Avec les mots

Je pose mes murs de chaque côté allant

De l’un à l’autre

Me surprenant par la variété

De mon allure

Pas traînant pas jazzé pas dansant minimaliste

De moi-même

Pas de grandes envolées

Ni lyrique

Ni élégiaque

Plutôt épique dans la durée dos genoux

Souples

Pour endurer

Oui quand j’y pense la poésie amis de Longuenesse est un

Outil

Approprié à faire jouer la clé du Temps dans sa

Serrure

Le Temps ?

La gâche !

J’en suis Pêné !                  

                                            *

Avez-vous déjà imaginé qu’un confinement pût.

S’étendre.

À Tous les Hommes

Toute La Terre ?

Pure vue de l’esprit, dites-vous !

Oui mais si quelque épidémie quelque virus en liberté échappant

À ses cages endémiques

Animales (chauve-souris

Lisant le monde à l’envers

Depuis sa grotte sa cave) contaminât

Minât minât

Les conurbains dans leurs conurbations

Parqués

Dru comme poulailles au poulailler s’entrebécquetant pour une

Parcimonie de grain.

Et si et si !

Avec des si l’on mettrait dans un seul container Pékin !

C’est fait !

Bons baisers de Virussie !

Nous qui croyions le Communisme éteint doutions de

Son efficacité

Sommes refaits le voici pandémique

Se diffusant

À tous vents flotte ma bannière d’Orient étoilée

Rouge fiévreux

Toussez tous !

Tous tous toussez !

C’est par contagion de tous tous tousseurs tous frères et sœurs

Que viendra l’immunité

L’immunhumanité

Totale !

                                            *

Nous ne faisons qu’un grand corps divisé en cellules.

Comme grand jeu d’emboîtement.

Tous déjà confinés sans que le sachions ni soyons conscients.

Étourdies libellules coccinelles hannetons du printemps.

Que les gamins d’antan condamnaient à des boîtes d’allumettes.

Où ils mettaient le feu bâton de soufre à la fin l’y craquant.

Tout est question de soufre souffrance d’un petit « f » en plus

Ou moins tout est question de fièvre de feu êtes-vous fiévreux

Le communisme nouveau est l’isolement de tous par tous

Des caméras anthropométriques vous filmant dans votre identité

Vous voici uniques et numériques carcéraux à plusieurs

Dans la grande prison générale Existence le tout petit virus

Servant de clé nouvelle tournez-la derrière vous en rentrant

Allumez l’écran de vos Smartphones nous vous dirons quoi penser

Sinon que vous êtes désormais chacun d’entre vous l’Humanité

Ah ! mais quelle promotion réfléchissez le fait de ne plus faire qu’1

(…)                                              

Jacques Darras, écrivain

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here