On dirait

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On dirait que le ciel s’est figé dans un azur blanc et filandreux. Tout semble fragile. Même la ligne du temps, tel un bas de soie, s’effile progressivement. Tandis qu’une nuit profonde est tombée sur la scène. Les fauteuils sont repliés, confinés dans une léthargie toute mélancolique. Carcasses rouges aux silhouettes en attente, trahissent la soudaine solitude du lieu.

Le silence s’est imposé. Où sont passés les murmures des spectateurs, les voix déployées des acteurs et actrices, le bruissement des instruments de musique, la valse folle des textes, le tintement des verres d’alcool, la présence silencieuse des régisseurs ? Même les objets. Ils n’en peuvent plus, les objets, de cette attente. La sculpture regarde droit devant elle. Elle ignore la femme de chair à ses côtés, nue et gracieuse, un peu perdue. La plante tente de résister mais elle s’assèche. Doucement. Les loges sont en désordre, les accessoires de la dernière scène abandonnés ça et là. Ce piano aux touches immobiles, ce cendrier en zinc, ces stylos de couleurs, ces chaises en désordres, ces portes fermées, ces dossiers ouverts, ce paillasson dru.  

Il se peut qu’un fantôme vienne saluer ce vide Les théâtres sont des mutants. Leurs âmes délétères. A quand le printemps ?   Où tout peut recommencer. Pour l’instant, « Press to exit ». L’art est libre.


Photographies de Michel Bernard

Vinciane Moeschler, auteure.