Intérieur/Extérieur

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L’intérieur se sépare de l’extérieur par une frontière, un mur, une porte, un épiderme. L’impression se distingue de l’expression par une voix, un mot, un trait.

Dire l’intérieur, c’est proposer à l’extérieur ses impressions, leur fait passer l’épiderme, la porte, le mur et la frontière, vers le dehors, vers ce que l’on ne maîtrise pas, vers ce que l’on sait ne pas maîtriser. Intérieur et extérieur sont une enfilade de poupées russes : de plus en plus proche de l’intériorité ou d’un dehors absolu. Mais l’intérieur, celui que je me suis composé au fil des années, comment oser dire que je le maîtrise, je le regarde et je est un autre. Que me reste-t-il alors, privée de l’extérieur et démunie face à mon intériorité, privée surtout du balancement de l’un vers l’autre qui rythme habituellement mes journées pour ne pas céder à l’angoisse existentielle de l’intérieur, ni à celle physique d’un dehors qui n’en finirait pas ? Il ne reste que le point infinitésimal du passage, le pas de la porte, l’épaisseur de la peau. Dans l’entrebâillement, je suis funambule. J’y observe l’exiguïté de l’espace et l’immensité du point de vue.

Apprivoiser l’extérieur, c’est recevoir les expressions des autres, pouvoir les comparer à mes impressions, parfois les juxtaposer, voire les superposer. Composer cet intériorité en accommodant ce qui jaillit du dedans et ce que je bouture du dehors. L’intériorité est organique : caractère de ce qui est intérieur, elle invoque l’esprit et les pensées, mais germe dans le corps, dans les intestins étymologiques d’interiora.

Camille Boisaubert, éditrice et commissaire d’exposition

(Image réalisée avec la complicité de Camille Leherpeur)

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