Chère…,

0
493

Chère Virginie,

Je n’ai pas répondu à ton invitation car, comment te dire (et comment dire publiquement ?) que ce confinement ne me perturbe pas, ni ne me questionne vraiment –je pourrais même dire qu’il m’arrange …

Bien sûr, je suis quelqu’un de privilégiée. Je partage un grand appartement avec mon compagnon, nous habitons un quartier où il fait bon –et beau– se promener, le bois et la forêt sont accessibles à pied ou à vélo, je suis « retraitée » depuis trois ans, toujours au travail mais sans la pression d’un travailleur plus jeune, et je suis immergée, depuis près d’un an, dans le travail préparatoire à l’écriture d’une biographie : celle d’un femme, architecte, dont le destin est totalement hors du commun. Elle s’appelle Simone, née en Chine en 1916, décédée à Uccle quatre-vingts ans plus tard, avec la guerre et les camps nazis au mi-temps de sa vie.

Cette immersion dans un monde disparu, plus dur, plus romanesque, nourri de combats et d’espérances, peuplé de personnages également romanesques, m’éloigne de notre monde étouffé par la pandémie et les crises. Elle me détache, et c’est tant mieux, des expertises, des chiffres, des diagnostics quotidiens qui font désormais notre actualité. Elle me « concentre » sur le travail, chaque jour, avec application, détermination et, en même temps, avec une forme de légèreté. Je découvre et j’apprends, je tente d’avancer avec méthode mais avec liberté aussi ; j’ouvre des voies de traverse, juste pour le plaisir ; je n’écris pas encore mais je pense écriture. Les jours passent, remplis. Les semaines passent, remplies. Le temps passe si vite. Une seule chose me manque : les amis. Une seule chose m’attriste : la pensée de ceux qui souffrent.

Si tu veux de ce court texte, politiquement incongru faute d’être incorrect, il est à toi.

Je t’embrasse,

Caroline

Caroline Mierop, architecte, directrice honoraire de l’école de La Cambre-ENSAV

(Photographie : Simone au noeud, Pékin. ca 1921 ©Jean-Pierre Hoa).